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Pierre Pauli
Dernière mise à jour le 31/10/2009
Je suis né le 8 novembre 1924 dans les Ardennes et professionnellement j’ai exercé le métier de commercial dans l’automobile.
Dans quelles circonstances avez-vous connu
Gouesnou ?
Cela s’est produit dans des circonstances
étonnantes. A la fin de la guerre, il fallait
éviter que les Allemands aillent en
Normandie. Aussi, j’ai été parachuté dans la
nuit du 4 août au 5 août à Ploudaniel avec
une cinquantaine de camarades ;
J’appartenais à une brigade spéciale des troupes
aéroportées britanniques. Je me suis retrouvé dans un
« stick » (groupe de 6 parachutistes) qui avait pour
mission d’aller sur Gouesnou. Nous avons dû passer à
travers les lignes allemandes. Un guide nous
accompagnait. Nous étions habillés comme des
Allemands et nous « tapions des pieds » pour ne pas être
remarqués...
Comment aviez-vous rejoint « l’armée du Général De
Gaulle » ?
Mon père était fonctionnaire des douanes à Alger, ville
où j’étais étudiant. Avec environ deux cents personnes
venant d’Algérie, de Tunisie, j’ai rejoint la Tripolitaine où
j’ai été pris en charge. C’est en Egypte, au Caire, en 1943,
que j’ai embarqué direction Liverpool via le canal de
Suez. Je n’avais alors que 18 ans et j’ai intégré une école
de parachutisme en Ecosse, près de Manchester. Après
avoir sauté 8 fois et avoir subi des épreuves prouvant
que j’étais apte au combat, j’ai obtenu mon brevet de
parachutiste.
Donc, vous arrivez sur Gouesnou, que se passe-t-il ?
Ce fut assez bizarre. J’ai su par la suite que « l’officier »
de notre groupe avait eu connaissance, par un membre
de la résistance, de l’arrivée des Américains. Il était
préférable que ce soit des Français qui libèrent
Gouesnou. Nous nous sommes dirigés vers l’église, mais
les Allemands avaient pris position dans le clocher et ils
nous voyaient en bas ! Nous avons essayé de monter
mais ils nous ont jeté des grenades. Je me suis disputé
avec mon officier sur la tactique à employer. Les
Allemands avaient un téléphone et des renforts sont
arrivés. Cette mission était impossible !
Nous nous sommes retrouvés encerclés. Les Allemands
étaient rue de la Gare et possédaient une mitrailleuse.
Nous étions en bas de l’église, il fallait traverser la rue,
passer dans des potagers. Le curé nous a
aidés en nous faisant signe de passer.
Hélas deux d’entre nous ont été tués
près du presbytère (le foyer Jean Monnet
actuel) à l’endroit où se trouve la stèle
commémorative.
Je voudrais dire quelque chose que j’ai
sur le coeur : Les Américains, informés
de notre situation, ont été contactés à
plusieurs reprises. Ils ne sont pas venus,
ce jour là. Ils sont restés sur Plabennec !
Plus tard, les Américains ont voulu nous
envoyer sur Brest mais notre état-major
anglais nous a demandé de rejoindre Quimper, puis
Lorient avant de rejoindre un autre régiment à Vannes,
puis nous sommes repartis dans notre brigade à
Avranches, Saint- Lô avant d’embarquer à Arromanches.
Vous venez régulièrement à la cérémonie commémorant le massacre de Penguérec du 7 août 1944. Quand avezvous eu connaissance de cette tragédie ? Je ne l’ai appris que quelques années après la démobilisation. ! J’ai été « soufflé » d’apprendre ces évènements. Par la suite, dans un café à Arles sur Tech (ma commune de résidence), j’ai eu connaissance, tout à fait par hasard, de la cérémonie qui avait lieu tous les ans, le 7 août. J’ai décidé de faire déposer une gerbe à mon nom puis de me rendre à cette cérémonie chaque année.
Comment s’est passée la fin de la guerre pour vous ? J’ai de nouveau été parachuté en Franche-Comté, puis en Hollande sur la demande de Montgomery ; j’ai été blessé le 8 avril 1945 et manqué d’être fusillé. J’ai finalement été opéré par un chirurgien allemand dans un hôpital de campagne ; au moment de la débâcle, ce chirurgien m’a dit que je n’étais pas transportable et qu’il ne savait pas ce que la section SS qui se trouvait en face allait faire. Finalement, l’armée canadienne est arrivée et j’ai été transporté à Nimègue (en Hollande) avant d’être envoyé, en avion, dans un hôpital à Manchester, suite à un début de gangrène. J’ai été soigné « magnifiquement » avant d’être récupéré par le service santé de l’armée française...
Je vous remercie, monsieur Pauli, pour votre témoignage sur cette période troublée que beaucoup d’entre nous n’ont pas connue, aussi ai-je essayé de retranscrire vos souvenirs le plus précisément possible.
Monique GUIAVARC’H


