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Une Découverte Inattendue...
Dernière mise à jour le 5/06/2009
Comment croire à cette rencontre ?
Alors qu’elle observait la course d’un papillon, son regard s’arrêta sur une forme mouvante qui tentait, par tous les moyens, de se dissimuler derrière un buisson.
De toute évidence, il s’agissait d’un bipède. Un homme même. Un moustachu dont les rondeurs rendaient vaine toute tentative de camouflage. Poussée par la fidèle amie de la déduction, la curiosité, Romantine s’approcha de ce drôle d’individu :
« Bonjour, Monsieur ! » lui lança-t-elle.
L’homme, chiffonné de s’être ainsi fait repérer, abandonna son camouflage et se posta devant la jeune détective.
Qui es-tu ?
Qui crois-tu que je suis ? »
Là, cela se complique ! Quel pouvait donc être cet individu, aux moustaches grisonnantes à la française et aux lunettes demi-lune légèrement décalées par une oreillette Bluetooth® ? Son bicorne lui cachant une partie du visage, il n’était pas facile de deviner qui se cachait sous cet uniforme noir, fermé d’un nombre étonnant de boutons dorés.
« Je crois que vous me devez quelques indices ! tenta Romantine.
Très bien, lui accorda l’homme. Je suis né le 14
décembre 1789. A l’heure où l’on définit la commune
comme la plus petite unité administrative de notre
pays, je suis confié, dès ma naissance, aux soins du
Maire de la commune.
Pourquoi le Maire ?
Eh bien tout simplement parce que le Maire est le
représentant élu qui agit pour la commune. En fait,
le Maire, ainsi que les autres membres du Corps
Municipal, était chargé de faire jouir les habitants
des avantages d’une bonne Police, notamment de la
propreté, de la salubrité, de la sûreté dans les rues,
lieux et édifices publics. Il était donc mon responsable
direct.
Mais alors, c’est toi Papy Pol !*
Oh la Petite ! Pol si tu veux, mais Papy... Bref. Par la suite, au cours de ma jeunesse,
les fonctions qui m’ont été confiées ont progressivement évolué, bien
que le bon ordre, la sûreté et la salubrité publics restèrent au coeur de mon
action.
Jusqu’à aujourd’hui ?
Tout à fait. C’est toujours précisé dans la Loi.
Mais, si tes fonctions ont évolué,
qu’est ce que tu fais d’autre ?
Tout d’abord, je suis chargé de la sûreté
et de la commodité de passage dans les
rues : je veille à la sécurité routière sur l’ensemble
des routes du territoire de la commune,
à la démolition ou la réparation des édifices
menaçant ruine, à l’élagage des arbres pouvant
nuire à la circulation routière et piétonne. Il
m’appartient également de réprimer les atteintes à
la tranquillité publique telles que les bruits, y compris
de voisinage, et les rassemblements nocturnes
qui troublent le repos des habitants.
Je me souviens que, il y a quelque temps de ça, la
Penfeld a été contaminée par des produits chimiques.
Tu t’occupes aussi de pollution ?
Bien sûr ! Je suis chargé de prévenir
et de faire cesser les pollutions
de toute nature. J’interviens, par
exemple, au niveau de la pollution
visuelle en participant à la réglementation
sur la publicité. Je pense,
ici, aux panneaux publicitaires dangereux
pour les automobilistes, à
l’affichage sauvage, etc. Il y a également
la pollution sonore : c’est ainsi que mes représentants
sur la commune de Gouesnou ont pris un
arrêté interdisant la circulation des poids lourds en
transit dans le bourg.
C’est toi qui prends les arrêtés ? Mais c’est quoi au
juste un arrêté ?
Un arrêté est une décision administrative prise par
le Maire. Cet arrêté est alors publié, affiché en mairie
et notifié aux personnes concernées. Ces arrêtés
peuvent intervenir dans tous les champs de compétence
communaux. Mais attention : il ne s’agit pas
seulement de prendre des mesures administratives,
il s’agit aussi de veiller à leur application. »
>
Devant la perplexité de sa jeune interlocutrice, Papy
Pol se décide à donner un exemple : « Comme tu l’as
peut-être déjà remarqué, certains individus sont parfois
dangereux pour eux-mêmes ou pour les autres.
Ils compromettent l’ordre public et la sécurité des
personnes. Ces individus nécessitent des soins
médicaux, qui ne peuvent leur être prodigués que
par une hospitalisation sous contrainte. On est alors
obligé de prendre un arrêté d’hospitalisation d’office
en procédure d’urgence que seul le Maire a le
pouvoir de signer. Je te donne encore un exemple :
afin de diminuer la forte alcoolisation dont on peut
parfois être témoin, voire même victime, il existe un arrêté qui réglemente et limite la
consommation d’alcool sur le domaine
public. De plus, toujours dans une
volonté de diminuer les risques d’agression,
de détérioration ou de délinquance,
je sais que mes deux successeurs sur la commune
de Gouesnou patrouillent régulièrement
la nuit sur tout le territoire : à chaque
fois, le jour et les horaires diffèrent. Ainsi, ils
maintiennent une présence dissuasive pour les
contrevenants, et rassurante pour les administrés.
Est-ce-que l’on peut venir te voir si on a été victime
de violences, de vols... ?
Tout à fait, et ce à plusieurs titres. Tout d’abord,
signifier que tu as été victime de telle agression permet
de faire le rapprochement entre plusieurs faits
se déroulant sur la commune, de faire des recoupements
et ainsi de retrouver les auteurs plus rapidement.
C’est ainsi qu’avec l’aide de la Gendarmerie,
de nombreuses affaires de vols et de détérioration
de bâtiments publics ont été résolus, en particulier
ces derniers mois. D’autre part, nous pouvons enregistrer
à tout moment une main courante qui, bien
que ne constituant pas une plainte, a sensiblement
la même valeur si une action était menée en Justice.
Je pense en particulier aux violences conjugales, aux
menaces...
Puisque tu parles de sécurité des bâtiments communaux,
tu t’occupes aussi des sorties de secours ?
Je ne suis pas architecte ! Mais tu as raison : les
bâtiments communaux, et d’autres établissements
privés, font partie de ce que l’on appelle les Établissements
Recevant du Public. À ce titre, nous réalisons
régulièrement des Commissions de Sécurité :
plusieurs personnes (dont un pompier, des représentants
de la mairie et de l’établissement concerné)
visitent les locaux afin de garantir à tous les usagers
la plus grande sûreté. C’est ainsi que l’on s’assure
des conditions de sécurité de grands établissements
tels que les maisons de retraites, les centres commerciaux et autres établissements privés ou
publics situés sur la commune. »
Emporté par sa passion, Papy Pol voulait expliquer à cette jeune enquêtrice en herbe bien d’autres aspects de son travail : l’application de la réglementation sur les chiens dangereux, la gestion de la législation funéraire, la réglementation et la surveillance des débits de boissons, etc., mais déjà Romantine lui posait une autre question :
« Peux-tu m’expliquer la différence entre la Police Municipale, la Police Nationale et la Police Rurale ?
Comme je te l’ai dit tout à l’heure, dès ma naissance,
j’ai été sous la responsabilité du Maire.
Cependant, entre les deux guerres, certaines
grandes villes ont étatisé leur police, passant sous
l’autorité du Préfet de département, bien que la
majorité des communes aient conservé une Police
Municipale. Le 23 avril 1941, la loi de Vichy institue
la police d’État pour les communes de plus de
10 000 habitants (sauf Paris) : on parle alors de
Police Nationale. Il faut attendre le 9 juillet 1966
pour que la Préfecture de Police de Paris fusionne
avec la Sûreté Nationale pour créer la Police
Nationale actuelle.
Les gardes champêtres, quant à eux, remontent au haut Moyen Âge. Initialement chargés de la surveillance des récoltes, ils contrôlèrent également, sous Louis XIV, le droit exclusif de chasser. Par la suite, une loi de 1791 définit la Police Rurale qui est confiée, entre autre, aux gardes champêtres. Ils acquièrent alors de nombreuses compétences, pour certaines partagées avec la Police Municipale, pour d’autres, complémentaires.
Quels sont aujourd’hui tes successeurs sur notre
commune ?
Ils sont deux : Thierry Durel, en poste à Gouesnou
depuis près de 15 ans, qui est actuellement, Chef de
Service de Police Municipale. Il est accompagné
depuis le 1er novembre 2008 de Rolland Mauguen, qui fut gendarme
pendant près de
17 ans. Le fait
d’être deux leur
permet d’assurer,
avec plus de
sécurité, des missions
qu’une
seule personne
ne peut assumer
: patrouilles
de nuit, contrôles
de vitesse, relevés d’identité la nuit, identification de
trafiquants...
Tu peux m’expliquer ce que tu fais ici, alors que
tes collègues gouesnousiens sont actuellement au
travail ?
En fait, pour tout t’avouer, j’ai pris quelques jours
de vacances. Cela ne m’arrive pas souvent, et pourtant
je n’arrive pas à m’empêcher de surveiller ce
qui se passe : c’est exactement ce que je faisais
lorsque tu m’as surpris.
T’es en vacances ? Mais qui surveille ta maison ?
Oh... Ne t’inquiète pas : j’ai tout de même pris le
temps de prévenir le policier municipal afin qu’il
surveille ma maison durant toute mon absence. Cela
s’appelle l’« Opération Tranquillité Vacances », tout
le monde peut le faire, et je dois avouer que c’est
très rassurant. »
Alors que Papy Pol lui expliquait les étapes de son voyage à travers les époques, Romantine aperçut une silhouette au-dessus d’elle. À peine eut-elle le temps de comprendre la situation qu’un goéland avait fondu sur le bicorne de son nouveau compagnon et l’emportait à travers la campagne. Furieux de se retrouver sans couvre-chef, Papy Pol s’élança à la poursuite de l’animal, précisant au passage : « Tu vois : encore une mission de la Police Municipale : remédier aux événements fâcheux qui pourraient être occasionnés par la divagation des animaux malfaisants ou féroces... »
*Romantine : personnage fictif
*Papy Pol : personnage historique fictif











